Les Groupes de réflexions d’Athéna

Les Groupes de réflexion d’Athéna  (GRA) entendent contribuer à la réflexion stratégique en France et souhaitent être force de propositions pour accompagner la prise de décisions des décideurs publics et privés, d’aujourd’hui et de demain. Avec des regards croisés indépendants, ils constituent un des éléments forts de visibilité, de reconnaissance et de légitimité de notre association. 

Participer à un groupe de réflexion est une engagement sur le temps long, pour plusieurs mois, ponctué de réunions périodiques, de recherches documentaires et d’entretiens. Il débouche sur la rédaction d’un rapport final et d’articles en lien avec ce-dernier.

Il s’agit d’une opportunité pour rencontrer des experts de haut niveau, être force de propositions et participer à des événements afin de valoriser les réflexions portées par les membres de l’association, à travers les GRA.

Les GRA sont une belle aventure : ils participent du rayonnement de notre association, de la communauté IHEDN et, plus encore, de l’Esprit de défense !

➡️  Les GRA sont constitués pour l’année 2022. Vous pouvez toutefois écrire à l’adresse gra@aed-ihedn.fr pour rejoindre un groupe de travail et y partager votre expertise et vos réflexions sur une des thématiques à l’étude.

➡️  Les principes de fonctionnement des GRA confèrent un cadre à nos travaux. Ils sont à votre disposition ci-dessous.

Les rapports issus des travaux des Groupes de réflexion d’Athéna  sont en ligne sur notre site Internet. Ils sont consultables gratuitement dans la rubrique “Rapports de GRA”.

Groupes de réflexion 2022

#1 Géostratégie & Souveraineté

Animateur

Philippe Migault

1.1. Politique de la France dans la zone Indo-Pacifique (Alain Crémieux) 

La France à la suite de Magellan

La France est présente dans l’Océan Indien (La Réunion, les îles éparses, les Terres Australes…) et dans l’Océan Pacifique (Polynésie, Nouvelle-Calédonie, Clipperton…). Cela lui donne un très grand espace économique exclusif et des bases navales servant de points d’appui à sa Marine. Cela lui donne aussi des responsabilités et notamment celle de défendre ces territoires et leurs voies d’accès.

La France dispose en conséquence, avec les autres membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, d’une Marine dotée de navires de surface (y compris un porte-avions) et de sous-marins (SNLE et SNA) ainsi que d’une Armée de l’Air et de l’Espace globale.

Cette situation, issue de son histoire et des caractéristiques particulières de la disparition de son empire, est exceptionnelle dans le monde du vingt-et-unième siècle. Dans quelle mesure influe-t-elle sur ses besoins en armements maritimes, aéronautiques et spatiaux ?

1.2. L’influence de la Chine en Afrique (Gérard Dugard)

Les forces armées, sociétés militaires privées (SMP) et l’industrie d’armement chinoises sont les piliers et les vecteurs majeurs de l’influence (soft power) de la République populaire de Chine en Afrique, pour la mise en place des nouvelles routes de la soie. 

Le développement de la marine de guerre chinoise (porte-avions, transports de troupes et de débarquement,… ) participe à la lutte anti-piraterie dans golfe d’Aden, lui permettant de naviguer dans des zones hors des sphères d’influence traditionnelles. A cet égard, l’installation d’une grande base navale à Djibouti, pivot stratégique, offre un accès privilégié au détroit de Bab El Mandeb ainsi qu’à la Mer Rouge et au Canal de Suez. 

Dans cette lignée, la multiplication des accords de coopération militaire en Afrique, par le biais de la formation, la vente et le don d’équipements militaires (armes légères, véhicules, blindés et hélicoptères…) ou encore, la construction d’usines d’armes légères et de munitions, notamment au Soudan, au Zimbabwe et au Mali, sont autant d’exemples de l’extension de la zone d’influence chinoise.

En quête de partenariats gagnants-gagnants sur le plan économique, la Chine est aussi le deuxième contributeur au budget des Opérations de maintien de la paix de l’ONU. Elle fournit, pour l’instant, des contingents limités, principalement non-combattants (génie, santé), des observateurs civils et militaires, afin d’afficher une posture de neutralité.

Sa doctrine, cependant, évolue et semble s’orienter vers l’envoi de contingents de troupes de combat, comme c’est le cas au Sud-Soudan, par exemple, même s’il ne s’agit que de protéger les autres détachements chinois non-combattants. 

Dans le cadre des « nouvelles routes de la soie », la Chine développe des SMP afin de protéger ses chantiers et autres installations. Par exemple, La Beijing DeWe Security Services Limited Company aurait un centre de formation près de Pékin où une ville de combat a été construite. Elle recrute parmi les forces armées et de sécurité chinoises pour l’encadrement de personnels locaux en Afrique. A l’étranger, le groupe installerait deux camps sécurisés, l’un en Centrafrique, l’autre au Soudan du Sud. Il possèderait également un centre de formation au Kenya…

Dans ce qui est (était ?) leur « zone d’influence » , la France ou d’autres États européens (anciennes puissances coloniales) risquent de se trouver en compétition, voire confrontation avec la Chine.

#2 Economie de défense

Animateur : Grégory Chigolet

2.1 Armements interdits (Gérard Dugard)

Quelles évolutions envisageables dans les traités d’interdiction ou de limitation d’armements ?

Charte de l’ONU Article 26 : afin de favoriser l’établissement et le maintien de la paix et de la sécurité internationales en ne détournant vers les armements que le minimum des ressources humaines et économiques du monde, le Conseil de sécurité est chargé, avec l’assistance du Comité d’état-major prévu à l’ article 47, d’élaborer des plans qui seront soumis aux Membres de l’Organisation en vue d’établir un système de réglementation des armements. La convention de Genève fixe le cadre général de l’usage des armements dans la guerre. Des traités ou conventions interdisent certaines armes : chimiques (CICIAC), biologiques (CABT), à sous-munitions (à dispersion)…

La Convention de 1980 sur l’interdiction ou la limitation de l’emploi de certaines armes classiques comporte 5 protocoles relatifs aux armes à éclats non localisables, aux mines terrestres (antipersonnel ou anti véhicules), aux armes incendiaires, aux armes à laser aveuglantes, aux restes explosifs de guerre. Le Code de conduite de La Haye (HCOC) mène des actions contre la prolifération des missiles balistiques. L’ICAN (Campagne Internationale pour l’Abolition des Armes Nucléaires.) a ainsi fait adopter par l’ONU en juillet 2017 un texte d’interdiction des armements nucléaires, en prolongement du TNP. 

Le traité d’interdiction des armes nucléaires, signé par 84 pays, entrera en vigueur le 22 janvier 2021, après la ratification du 50ème Etat. 

A contrario, le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) a été suspendu en février 2019. La question se pose de la prolongation d’une durée de cinq ans du traité sur les armes stratégiques qui arrive à échéance en 2021.

Le traité sur le commerce des armes a été ratifié (ONU) en 2014. Le commerce de certaines techniques est aussi contrôlé : biens à double usage (Wassemar), missiles (MTCR), …

Des dispositifs de contrôle sont en œuvre : Ciel ouvert 

Le trafic existe. Des organisations terroristes peuvent disposer de ces armes.

Tous les Etats n’ont pas signé ou ratifié ces accords. 

Quel bilan : Enseignements tirés de la mise en œuvre ? Efficacité vis à vis de la prolifération de ces armes diverses ? Impact sur les ventes d’armement (concurrence) ?

Quelles perspectives : Multiplication des signataires ? Universalité ? Autres interdictions : robots armés (armes létales autonomes), cyberarmes, combattant augmenté, armes spatiales, IED (EEI), armes explosives en zones peuplées, missiles hypervéloces… 

#3 Armement & technologies

Animateur : Emmanuel Le Gouguec

3.1. Motorisation future (Mars Chassilian)

Le monde du transport est en train de vivre une révolution à marche forcée : la suppression des véhicules diesel et thermiques à horizon 2035 modifie structurellement l’ensemble de la chaîne logistique. Les fabricants de technologie se développent en Asie, où la production de batterie, la main mise sur les terres rares, et le développement des électroniques déstabilisent un tissu industriel européen (ex : fonderie SAM, injecteurs diesel Bosch Rodez, …). Cette évolution s’accompagne d’un cadre réglementaire contraignant pour la chaîne industrielle des carburants fossiles.

La performance de la BITD s’appuie sur une activité duale, profitant des volumes du civil pour permettre la continuité des activités militaires. Les cycles de développement des programmes d’armement ne sont actuellement pas compatibles avec l’avancée des technologies civiles.

Les limites de la décarbonation ne sont actuellement pas comprises : la performance des applications militaires est directement impactée par les nouvelles solutions en termes de capacité (volume, autonomie, vulnérabilité …).

Dans une vision prospective, quelle motorisation pour les armées à l’heure de l’électrification/hydrogénation des plateformes civiles et la disparition de la base industrielle associée ?

Comment assurer la continuité des opérations en haute intensité lorsque la chaîne industrielle des équipements actuellement mis en service aura disparu ? Est-ce que ce scénario est réaliste ? Quelles sont les alternatives crédibles ?

→ Il est encore possible de rejoindre le groupe de travail en écrivant à gra@aed-ihedn.fr 


3.2. Innovation(s) et cas d’usage (Bruno Lassalle)

L’innovation et, plus généralement, les technologies innovantes sont au cœur des logiques de défense et la supériorité de nos forces dépend de leur exploitation judicieuse dans le but de démultiplier et de diversifier les effets pour surprendre l’adversaire. Des organismes, comme l’Agence de l’Innovation de Défense et les entreprises de la BITD sont des acteurs majeurs de cette démarche. Ils développent des moyens performants et parfois coûteux pour répondre au besoin.

Le monde civil a, de son côté, développé de nombreuses innovations sur des cycles courts ou avec des moyens plus réduits faisant désormais partie de notre quotidien. L’innovation d’usage, orientée sur le client et la mise en forte concurrence, a pu créer des solutions de rupture performantes en associant des technologies existantes (ex : Waze) ou en créant un écosystème ouvert et bouillonnant (ex : Unreal / Metaverse).

Dans le domaine militaire, les récents succès opérationnels de moyens techniquement simples ou s’appuyant sur des moyens civils détournés de leur emploi initial, tels que les drones turcs Bayraktar TB2 ou les actions sur les réseaux sociaux ont également permis de produire des effets aussi importants qu’inattendus.

De nouvelles voies technologiques sont susceptibles d’être exploitées dans l’avenir au profit de la défense. Parmi ces voies, l’exploitation des nanotechnologies peut faciliter le développement d’une robotique militaire miniaturisée, la propulsion par statoréacteur appliquée aux obus d’artillerie peut apporter une allonge des portées avec des munitions sans pièces mobiles ni comburant, enfin la conception de sous-munitions « dronisées » pour l’artillerie peut transformer l’efficacité des frappes par la diversité des effets.

Il est intéressant d’évaluer si ces voies sont réellement prometteuses, dans la mesure où elles sous-tendent une rupture capacitaire capable de provoquer une surprise opérationnelle au profit de ceux qui sauront les développer.

Au-delà des considérations technologiques, quelles sont les recommandations ou les méthodes qui favorisent la construction de cas d’usages pertinents ? Les cas d’application permettront de s’appuyer sur des méthodes innovantes (ex : démarche C-K, design thinking, …).  

→ Il est encore possible de rejoindre le groupe de travail en écrivant à  gra@aed-ihedn.fr 


#4 Ethique & armement

Responsable : Corinne Lagache

4.1. Finance durable & défense (Damien Concé)

Jusqu’à présent, essentiellement des raisons pratiques expliquaient le manque de soutien financier privé au secteur de la défense : lourdeur et imprévisibilité des procédures de marché public, allongement des délais de paiement, incertitude sur le volume final de la commande publique tout au long de l’exécution des contrats, restrictions aléatoires à l’exportation…

Par ailleurs, le recours aux introductions en bourse à Paris était aussi illusoire vu le manque de profondeur du marché boursier hexagonal et le manque d’intérêt des investisseurs internationaux pour les sociétés cotées en France.

A ces limites, qui restent toujours d’actualité, s’ajoute un nouveau péril : l’exclusion des industries de défense des critères de l’investissement socialement responsable. Ce péril qui n’est aujourd’hui effectif que par l’attitude « supra legem » de comités des risques ou de responsables de la conformité KYC/AML, peut trouver rapidement sa consécration dans les normes européennes et nationales.

Comment inclure les notions de « souveraineté et de résilience » dans les critères ISR/ESG/SFDR afin de lever les freins au financement privé des industries de défense et des start-ups duales ?

Quelle alternative à la vente à des groupes étrangers ou à une cotation sur des marchés étrangers (NASDAQ) pour les pépites stratégiques en phase d’industrialisation de leur production (TRL 7+) ?

Les relations entre « finance durable » et « défense » sont, aujourd’hui, pratiquement exclusivement examinées sous le prisme des finances publiques, de la Loi de Programmation Militaire et de la commande publique. Or le développement des innovations civiles de rupture et les contraintes générales des financements privés ont un impact de plus en plus prégnant sur la BITD et une toute nouvelle catégorie d’acteurs économique (Fonds de Capital Risque, Private Equity, Comité des Risques, Agences de Notation ISR/ESG/SFDR …) prennent des décisions pouvant avoir un impact majeur sur la souveraineté et la résilience nationale sans disposer d’une solide culture de « Défense ».

L’objectif initial est de faire rayonner l’esprit de défense dans ces communautés et de les attirer vers les cycles de formation de l’IHEDN grâce au pont constitué par l’étude de thématiques charnières entre leurs pratiques professionnelles et le monde de la défense

L’objectif secondaire est de susciter un débat permettant de poser les principes d’une solution pragmatique et réaliste permettant de lever des blocages concrets au développement de la BITD.

L’effet indirect recherché est de placer 3AED-IHEDN en mesure d’exploiter pleinement ses atouts (imbrication avec la BITD…) et permettre à l’IHEDN d’investir le champ de la « Finance ».


Groupes de réflexion 2020-2021

#1 Souveraineté technologique & BITD européenne

Responsable : Patrick Michon.
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 :  graed.3aed@aed-ihedn.fr
Groupe de réflexion lancé en janvier 2020.

Souveraineté technologique européenne : mythe ou réalité ?
Autres conditions nécessaires et suffisantes pour l’existence et le développement d’une BITD européenne ;
État de l’art actuel ;
Objectifs à atteindre en 2035, crédibilité de la BITD Européenne à cet horizon ;
Relations avec les autres BITD, co-développements potentiels (USA, Inde, Brésil, Russie, Chine…).

#2 Désengagement US & OTAN

Responsable : Alain Crémieux.
Contact
 :  graed.3aed@aed-ihedn.fr
Groupe de réflexion lancé en janvier 2020.

Impact de la réorientation de la politique US vers le Pacifique et des évolutions de notre environnement plus proche (Turquie…).

#3 La guerre des drones 

Responsable : Dominique Costargent.
Contact
 :  graed.3aed@aed-ihedn.fr
Groupe de réflexion lancé en janvier 2020.

Évolutions des concepts d’emploi, des autres armements… liées à l’arrivée à maturité et la prolifération des drones dans les différents milieux.

#4 Groupe éthique : armement & risques psycho-sociaux 

Responsable : Jacques de Cordemoy.
Contact
 :  graed.3aed@aed-ihedn.fr
Groupe de réflexion lancé en janvier 2020.

Poursuite des réflexions sur éthique et Intelligence artificielle.

#5 Innovation & armement en lien avec l’UNION-IHEDN

Responsables : François Lefaudeux et Jean-Pierre Cornand.
Contact
 :  graed.3aed@aed-ihedn.fr
Groupe de réflexion lancé en janvier 2020.

L’innovation, chance, contrainte ou défi pour la France.

#6 Relire nos rapports une génération après

Responsable : Jean-Pierre Cornand.
Contact
 :  graed.3aed@aed-ihedn.fr
Groupe de réflexion lancé en janvier 2020.

Relire à tête reposée nos rapports… une génération après, de façon à en tirer des enseignements nouveaux, et rapporter alors à ce propos (sur l’évolution dans le temps du même sujet ; sur les acteurs impliqués ; sur la modification des contextes qui influençaient le sujet ; sur les erreurs manifestes, méthodologiques ou de fond, et pourquoi ? sur les problématiques initiées à l’époque particulièrement fécondes, et pourquoi ? etc…).

#7 Menace de l’islamisme

Responsable : J. Le Seac’h.
Contact
 :  graed.3aed@aed-ihedn.fr
Groupe de réflexion lancé en janvier 2020.

Cette nouvelle forme de totalitarisme après le communisme et le nazisme est-elle en train de se répandre comme modèle de civilisation ? Quels sont les vecteurs de l’islamismes comment fonctionnent-il, quelles sont les stratégies de conquêtes, comment fonctionnent-il ? comment convainc-t-il ?

Groupes de réflexion 2018-2020

“Quels partenariats de la France dans le monde islamique”
Responsable : Gérard Dugard.
Lancement en 2018.

Télécharger le rapport “Quels partenariats de la France dans le monde islamique ?”.


“Retour vers le futur” : l’état mondial des BITD en 2035-2040
Responsable : Patrick Michon.
Lancement en 2018.

Télécharger le rapport “Nouvelles Alliances, Nouveaux Conflits. “Retour vers le futur” : les BITD qui seront (peut-être) matures en 2035″.


La guerre dans l’espace
Responsable : Alain Crémieux.
Lancement en 2018.

Télécharger le rapport “Nouvelles Alliances, Nouveaux Conflits. L’arsenalisation de l’espace”.


Groupe éthique : éthique & IA
Responsable : Jacques de Cordemoy.
Lancement en 2018.

Groupes de réflexion 2016-2018

1 – Essai de prospective à long terme (50 ans) dans le domaine de l’armement.

2 – La robotisation des armements

3 – Quelle spécialisation pour l’industrie française d’armement ?

4 – L’Iran : risque ou opportunités ?

5 – Le terrorisme

6 – Les entreprises de services de sécurité et de défense (ESSD)

7 – La sécurité dans la 3ème dimension

8 – Quelles Forces Spéciales françaises en 2020-2025 ?

9 – La défense européenne post-Brexit


1 – Essai de prospective à long terme (50 ans) dans le domaine de l’armement.

La prospective à 50 ans parait à la plupart d’entre nous difficile, voire impossible. La prospective à 100 ans, a fortiori, s’apparenterait à la science-fiction.

Des efforts en ce sens pour un horizon à 50 ans sont cependant possibles et utiles et même un regard à plus long terme ne serait sans doute pas complètement dénué d’intérêt.

Les développements techniques des dernières décennies s’appuient sur des découvertes fondamentales qui ont toutes été faites avant 1950 et souvent peu après ou autour de 1900 période d’or des Planck (1858-1947), Rutherford (1871-1937), Einstein (1879-1955) ou Marie Curie (1867-1934) et bien d’autres, Maxwell (1831-1879) étant un précurseur. L’électronique date de l’invention de la triode par Lee de Forest en 1906 et de celle du transistor par William Shockley en 1948. Le développement de l’aéronautique repose jusqu’en 1950 sur le moteur à explosion dont l’invention remonte à la fin du dix-neuvième siècle puis sur le réacteur inventé autour de 1940.

L’examen attentif de l’état de la science aujourd’hui devrait donc permettre, de donner des indications pour un avenir très lointain. Les GR des années 1900-1910 auraient pu faire de la prospective à 50 ans, voire 100 ans, même s’ils auraient oublié l’arme nucléaire, pour laquelle le passage de la découverte du principe de la fission à la réalisation de l’arme a été particulièrement rapide. On sait pourquoi !

A titre d’exemples, la biologie d’une part, dont la « re-naissance » date de la découverte de la structure en double hélice de l’ADN en 1953 et le calcul quantique dont on ne sait pas s’il sera possible un jour peuvent être des pistes pour le futur lointain.

L’objet du groupe est donc de distinguer les tendances à long terme de l’évolution des armements à la lumière des progrès actuels de la science.

Pour mémoire, ce sujet a déjà été régulièrement abordé dans le passé, sous des formes plus ou moins proches : un GR de 2008 avait pour thème « Les ruptures technologiques », où il est question de prospective à 50 ans. Dans le cycle de réflexion 2012-2014, le GR « Prospective 2040 rêves de concepts militaires futurs » s’est placé à un horizon de 25-30 ans. Le groupe veillera donc à bien se démarquer de ces travaux antérieurs.

 

2 – La robotisation des armements

Malgré les progrès faits, depuis des décennies et surtout depuis quelques années, dans l’automatisation de la conduite des armements, on ne peut pas dire que les armées actuelles sont « robotisées ». Les drones, qui sont télépilotables, ne sont pas des robots et les nombreux missiles qui pourtant se dirigent automatiquement vers leur cible par différemment moyens, ont encore des procédures de guidage trop simples pour pouvoir être considérés comme des robots. De même le « Félin », s’il permet d’améliorer l’efficacité (et surtout la protection) du fantassin, ne le transforme pas en robot ni ne se constitue lui-même en robot.

Il s’agit donc bien là d’une de ces nombreuses inventions qui, contrairement à d’autres, malgré des progrès évidents en laboratoire, ne se matérialisent pas vraiment encore par des équipements en service.

La question est donc multiple : les robots pénètreront-ils dans les armées, quand et à quel rythme ? Ne seront-ils que des aides au service des combattants et des auxiliaires pour des tâches ancillaires ? Verra-t-on au contraire certains combattants remplacés par des robots autonomes et armés ? Peut-on même imaginer des essaims de robots ?

Les questions éthiques ayant été traitées et pouvant éventuellement continuer à être traitées par ailleurs le groupe se concentrera sur les aspects techniques et opérationnels.

Pour mémoire, ce thème a déjà été régulièrement abordé sous différents aspects : en 2010 (L’éthique des robots) et 2012 (L’homme dans les systèmes de défense).

 

3 – Quelle spécialisation pour l’industrie française d’armement ?

La question de la spécialisation éventuelle, par abandon de certaines activités, est une question cruciale pour la conduite d’une entreprise, et nombreuses sont celles qui n’ont pas su le faire à temps et en ont subi de lourdes conséquences. Il en est de même pour les secteurs industriels dans un pays, avec une difficulté supplémentaire qui est l’absence de centralisation du processus de décision. Il est des secteurs qui ont disparu faute de s’être spécialisés, comme la machine-outil en France ou l’automobile au Royaume-Uni (avec des exceptions évidemment).

L’industrie d’armement française est peu spécialisée. On peut dire, sous bénéfice d’inventaire :

Qu’elle contrôle totalement la filière nucléaire.Qu’elle est présente dans une très grande partie de l’aérospatial militaire : avions d’arme, avions de transport, hélicoptères, satellites, lanceurs, ravitailleurs…Elle a abandonné les gros-porteurs, les avions écoles et les drones, mais a réalisé le Neuron.Qu’elle est présente dans toute la construction navale, des vedettes aux porte-avions et des sous-marins à propulsion classique aux SNA et aux SNLE.Qu’elle est présente, malgré de grosses difficultés, dans le secteur de l’armement terrestre, sauf pour les munitions et les armes de petit calibre.Qu’elle est capable de fournir les poudres et explosifs aussi bien pour les armes que pour les missiles.Qu’elle est enfin présente dans à peu près tous les sous-secteurs de l’électronique (matériels et logiciels), y compris même certains composants.

Ceci, bien sûr, soit seule (comme pour la filière nucléaire), soit en coopération avec les industries européennes similaires, comme pour les hélicoptères.

On peut se réjouir de cette situation. On peut aussi se demander si elle est stable ou si des choix devront être faits dans un avenir plus ou moins proche.

Quels secteurs ou sous-secteurs ? Quand ? Comment ?

Pour mémoire, ce sujet constitue une suite logique au sujet « Technologies de souveraineté » traité en 2016.

 

4 – L’Iran : risque ou opportunités ?

L’histoire des 70 dernières années de l’Iran est une succession de ruptures : en 1946 une tentative de démembrement du pays par l’URSS, en 1953 un affrontement du Premier Ministre Mossadegh avec les compagnies pétrolières anglo-saxonnes ayant abouti à une victoire de celles-ci, à partir de 1973 une occidentalisation à marche forcée orchestrée par le Chah, en 1979 la prise du pouvoir par l’Ayatollah Khomeiny, entre 1980 et 1990 la guerre contre l’Irak, et depuis 2005 les dissensions majeures de l’Iran chiite avec les puissances sunnites, en premier lieu l’Arabie Saoudite ont provoqués des guerres civiles en Irak, Syrie et Yémen.

C’est l’accession potentielle de l’Iran à la puissance nucléaire qui a, de la volonté des USA, relégué l’Iran dans la liste des pays voyous. En 2015, l’abandon de ses ambitions nucléaires a permis le retour du pays dans le concert des nations. Mais cet accord a placé l’Iran au centre du jeu du Proche-Orient, et en fait un acteur incontournable pour un possible règlement des conflits en Syrie et au Yémen. L’Iran est donc au centre du Grand jeu entre la zone indo-pakistanaise, les pays arabo-sunnites et la Russie qui ne partage pas les mêmes objectifs géopolitiques, mais sûrement les mêmes adversaires.

A cette situation géopolitique complexe, plaçant l’Iran en contact avec l’Asie Centrale, dont l’Afghanistan,s’ajoute un quasi-protectorat sur la majorité chiite de l’Irak et un « parrainage » des populations de confession chiite enclavées dans les pétromonarchies à majorité sunnite.

Depuis 10 ans, la place stratégique de l’Iran, face à l’émergence de nouvelles menaces, s’est affirmée. La politique extérieure iranienne se veut plus ambitieuse ; elle a entraîné dans son sillage une industrie locale de défense qui pourrait même devenir un exportateur d’armement.

L’Iran de 2016, malgré l’émergence de troubles politiques intérieurs, veut s’affirmer comme une puissance majeure.

Le GR « Iran » aura à répondre à des questions prégnantes :

Quels sont les atouts et les handicaps de sa société iranienne, de son économie ?Quel rôle joue-t-elle, et est-elle appelée à jouer dans la mondialisation des échanges ?Pourrait-elle, à l’horizon d’une quinzaine d’années, jouer un rôle prépondérant au Moyen Orient ?Dans un monde globalisé, l’Iran et les pays de l’UE individuellement ou en tant qu’unité politique sont-elles des partenaires, des concurrents ?L’Iran, exemple de bonne sortie du statut d’état voyou ?Quel rôle entend-elle jouer dans la diplomatie régionale et mondiale ?L’Iran est-il un gage de stabilité ou un ferment d’instabilité régionale ?L’Iran doit entamer un vaste programme de modernisation de ses Forces Armées, affaiblies par près de 20 ans d’embargo. La France pourra-t-elle accéder à ce marché ?Comment devraient évoluer les relations de la France et de l’UE avec l’Iran en matière diplomatique, économique, industrielle, et en particulier dans le domaine des hautes technologies et l’armement (coopération, partenariat stratégique) ?

5 – Le terrorisme

Les réflexions menées en 2015-2016 par le GR 8 sur le terrorisme d’origine internationale ont débouché sur une analyse d’ensemble, restée générale. Il serait maintenant utile de creuser quelques points clefs en vue de conclusions plus précises.

Une observation majeure est que le terrorisme est un affrontement dans le champ de l’esprit, encore davantage que les conflits asymétriques auxquels nos sociétés ont été confrontées depuis la fin de la guerre froide : l’impact d’un attentat sur la vie de tous et l’opinion des dirigeants est largement supérieur à celui d’actes de guerre ayant fait, dans le passé, des victimes en nombre comparable. La lutte contre cette menace suppose en conséquence une approche spécifique. Ainsi, au-delà des mesures immédiates prises par les autorités en place, des actions en profondeur apparaissent indispensables dans la durée, avec un double objectif : d’une part faire obstacle aux causes premières, aux arguments et moyens utilisés par des organisations malveillantes pour susciter des vocations d’assassins ou de martyrs au sein d’une frange de la population ; d’autre part élaborer des mesures permanentes de vigilance, avec les moyens associés, acceptables pour l’ensemble des citoyens et efficaces contre un ennemi diffus et mal identifié, sans remettre en cause nos valeurs fondamentales. Ce sont ces actions qu’il convient maintenant de définir plus précisément et de rendre applicables.

Or cette définition nécessite d’énoncer au préalable, avec un niveau de détail suffisant, des principes susceptibles de recueillir un consensus large et durable dans la société française compte tenu de son environnement, en particulier européen, et de sa situation démographique : comment concilier l’ouverture au monde et à ses évolutions avec la préservation d’une identité historique à laquelle beaucoup sont légitimement attachés ? Plus concrètement, quelle attitude vis à vis de la diversité des religions et des cultures, des communautés qui se sont constituées de fait ou qui tendent à s’affirmer ? Quel effort demander à nos concitoyens et quelles règles fixer pour l’accueil de réfugiés ou de migrants qui se pressent aux portes de l’Europe ? Comment combiner concrètement liberté, égalité, fraternité, humanité, sécurité laïcité ?

Beaucoup a déjà été dit ou écrit. La réflexion reste à poursuivre pour élaborer ou développer des conclusions opérationnelles. Les anciens du CHEAr peuvent légitimement y contribuer comme tous citoyens. Sur ces bases, ils seront particulièrement bien placés pour formuler des recommandations sur la contribution que peuvent et doivent apporter les institutions et les entreprises du domaine de la défense et de la sécurité. Une attention particulière pourrait être portée à l’Agence européenne de défense. Par ailleurs, les actions envisagées devront naturellement prendre en compte l’évolution encore attendue des technologies et des pratiques dans les domaines de la communication, de la surveillance et du renseignement. Enfin, il conviendra évidemment de tirer les conséquences de la situation internationale et de ses évolutions marquantes qui pourront être constatées au cours de cette étude.

 

6 – Les entreprises de services de sécurité et de défense (ESSD)

Un rapport parlementaire du 14 février 2012 soulignait que les ESSD sont devenues des acteurs incontournables de la sécurité internationale. La France ne dispose pas d’un secteur de taille comparable aux pays anglo-saxons. Pour autant, des acteurs sérieux et solides existent et les autorités semblent désormais souhaiter l’émergence d’acteurs de grande taille, à même de compter dans la compétition. La protection contre la piraterie maritime a ouvert la voie. En tant que client, l’Etat devra adopter une stratégie d’ensemble pour accompagner la structuration du secteur et légiférer. La France peut construire un modèle qui lui soit propre, susceptible de s’élargir à une approche commune aux Etats européens, pour être en mesure de peser sur l’organisation de ce secteur d’activités stratégique au niveau mondial, en y soutenant les valeurs qui sont les nôtres. Cette démarche relève désormais de l’urgence, alors que le monde avance sans attendre la France.

Quelles missions pour les ESSD à l’extérieur (OPEX, opérations de l’ONU, …) et sur le territoire national (contre le terrorisme,…)

Quels armements pour ces ESSD ?

Quelle organisation industrielle ?

Quelle contribution à l’exportation française (dans le continuum sécurité-défense) ?

 

7 – La sécurité dans la 3ème dimension

A côté des traditionnels avions et hélicoptères, des aéronefs innovants, pilotés ou automatiques (ULM, drones, …), ouvrent des opportunités pour de nombreuses applications aériennes professionnelles (industries, services) ou privées (loisirs, …).

Ces développements multiples dans l’espace aérien peuvent être détournés vers des utilisations malveillantes (aérotransport de drogue, d’immigrés illégaux, libération de prisonniers, survol de centrales nucléaires, …), générer des risques (chutes accidentelles, collision avec des avions de transport, …) et être sources de menaces (attentats terroristes, …).

La réglementation et la législation évoluent ; comment trouver un équilibre entre le développement rapide de ce secteur (industriel et commercial) et le maintien d’un haut niveau de sécurité ? Des réflexions ont été conduites par le SGDSN.

Le contrôle d’accès aux aéronefs est limité aux plateformes publiques (aéroports).

L’armée de l’air est chargée de la « police du ciel ».

Une protection particulière est mise en place pour de grands événements internationaux : conférences (G8, G20, COP21 …), championnats sportifs (Euro 2016…), expositions (une « bulle de protection aérienne » contribuait à la sécurité du salon du Bourget)…

La réponse actuelle, de type défense aérienne, à base d’avions d’armes, de tireurs embarqués sur hélicoptères ou de systèmes sol-air, est à la fois lourde, surdimensionnée ou inadaptée eu égard à de nombreuses situations.

Quelle organisation et quels moyens/systèmes/armements mettre en place pour assurer la permanence et l’ubiquité de la surveillance de la 3ème dimension et de la neutralisation des aéronefs dangereux ?

 

8 – Quelles Forces Spéciales françaises en 2020-2025 ?

Les Forces Spéciales françaises sont parmi les plus performantes au monde avec les anglaises et les américaines notamment. Elles sont de plus en plus largement employées, et s’appuient fondamentalement sur les facteurs foudroyance, furtivité, ingéniosité, souplesse… souvent rendus possible par des technologies de pointe. Quels moyens faut-il leur allouer pour conserver leur rang et leur « coup d’avance » en 2020-2025 ?

 

9 – La défense européenne post-Brexit

La décision historique des Britanniques (ou du moins des Anglais) de quitter l’Union Européenne va-t-elle changer quelque chose aux perspectives, par ailleurs atones, de la défense européenne ? A s’en tenir à des considérations purement factuelles, on pourrait penser que non : le Royaume-Uni ne participait que du bout des lèvres à la construction de la dimension européenne de la défense, voire lui faisait obstruction, et son retrait pourrait donc au contraire ouvrir des possibilités jusqu’ici figées. Mais il était aussi, à part à peu près égale avec la France, la principale puissance militaire européenne, et son départ prive dont l’Union d’un potentiel militaire et industriel de premier ordre.

Pour ce qu concerne ses relations avec la France, il avait fait le choix d’une relation stratégique purement bilatérale, concrétisée par les traités de Lancaster House. Cette relation stratégique ne devrait pas être affectée par le brexit, au moins en première instance.

Cependant, le départ du Royaume-Uni va avoir des conséquences de grande portée, qui vont créer un tout nouveau contexte général pour les relations politiques, économiques et industrielles entre ce pays et le reste des partenaires au sein de l’Union. Le secteur de la défense ne pourra y échapper.

Quelles sont les perspectives ? Le brexit marque-t-il la fin définitive du projet européen en matière de défense, ou au contraire ouvre-t-il des opportunités nouvelles à saisir ? Comment réorganiser les relations stratégiques, militaires et industrielles avec le Royaume-Uni dans ce nouveau contexte ? Quel peut-être l’impact sur nos relations avec le reste de nos partenaires significatifs au sein de l’Union, c’est-à-dire pour l’essentiel l’Allemagne et l’Italie ?

Telles sont quelques-unes des questions, non limitatives, que le groupe de travail sera invité à explorer.