L’ouvrage “Défense, armements et nouveaux rapports de puissance” est le fruit d’une réflexion collective menée dans la durée et avec une originalité : chaque chapitre est l’œuvre non pas d’un auteur mais d’un groupe.

À l’ère de l’immédiateté de la circulation de l’information et de la communication unilatérale (un oxymore, nous en convenons, mais les réseaux sociaux nous offrent en ce domaine une belle contradiction), les groupes de réflexion de l’association des auditeurs et cadres des hautes études de l’armement (AACHEAr) sont des bulles spatio-temporelles déconnectées de la pression du temps réel et de la performance individuelle. Travaillant sur des cycles de 18 mois, encadrés par l’AACHEAr, des auditeurs de différentes sessions de l’institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) et de l’institut des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ) prennent le temps d’étudier, d’analyser et de débattre de problématiques de fond sur la défense et la sécurité.

Loin d’être nécessairement des experts du domaine qu’ils traitent, sans pour autant y être étrangers, les membres de ces groupes de travail revisitent ces problématiques avec un œil nouveau, des éclairages originaux et des visions complémentaires permettant d’appréhender ledit sujet sous tous ses angles. Le choix lui-même des sujets vise à traiter de thématiques actuelles sans être a priori dans l’actualité (qui cependant, parfois, les rattrape), spécifiques tout en restant générales, liées à l’armement et à l’économie de défense sans se limiter à ces uniques domaines. Elles se déclinent dans une étude du passé et du présent mais obligent également à une réflexion prospective. Aussi, pour analyser ces sujets, manier à la fois le microscope et les jumelles est une absolue nécessité, et ce, afin d’appréhender l’image dans sa globalité et sa complexité.Étudier « l’Union européenne et la Turquie » requiert de comprendre minutieusement ces deux espaces en tant que tels mais également leur positionnement régional actuel et leurs ambitions pour demain.Analyser « la régulation d’un monde chaotique » oblige à observer l’humanité simultanément sous une multitude de prismes, culturels, politiques, religieux, ethniques, historiques…

S’interroger sur « quelle vision stratégique et quel outil militaire pour l’OTAN (et l’UE) ? » engage une réflexion sur des enjeux de sécurité tant régionaux que mondiaux et sur des problématiques capacitaires tant à court terme qu’à long terme.Comprendre l’enjeu des « exportations et transferts de technologies » amène à s’inscrire dans une combinaison de temps long et de temps court : bénéfices immé-diat des exportations d’armement, risques à terme de voir émerger des concurrents.

Examiner les « technologies de souveraineté » nécessite de comprendre à la fois les missions opérationnelles et leurs instruments mais également d’analyser les interactions avec les technologies duales voire civiles, d’étudier les dépendances sur les approvisionnements critiques et d’envisager des coopérations internationales.

Considérer « le cas du combattant augmenté » dans son acception éthique amène à repositionner le combattant au cœur de l’activité qu’est la guerre et à réexaminer son humanité au regard des nouvelles technologies qui permettraient d’améliorer ses performances physiques et cognitives.

Travailler sur « les armes de la sécurité intérieure » engage une réflexion sur l’évolution des menaces sur le territoire national mais également des conflits internationaux, tout en étudiant les technologies spécifiques aptes à y répondre.Ainsi, chacun des sujets abordés dans cet ouvrage exige à la fois minutie, vision générale et pluridisciplinarité. Et tout naturellement, la constitution de groupes de travail avec des profils d’horizons divers s’est révélée optimale pour aboutir à ce résultat.Mais faut-il résumer ce travail collectif de dix-huit mois à ce seul ouvrage ? N’a-t-il pas généré également d’autres bénéfices, intangibles, mais non moins précieux ? En encourageant le travail de chacun et le débat de tous, en facilitant la rencontre et l’échange avec autrui, en alimentant la réflexion individuelle et collective, les groupes de réflexion animés par l’AACHEAr participent au renforcement du maillage social par l’œuvre associative bénévole. À l’heure de la réflexion sur la résilience de la société et sur la montée de l’individualisme, l’AACHEAr offre une voie au profit de la première et de lutte contre la seconde.Défense, armements et nouveaux rapports de puissance, tant dans son contenu que dans le mode original de sa conception, nous rappelle à quel point la coopération est source de valeurs.

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